Crise dans les régions anglophones. Les États-Unis esseulés

Les soutiens autour de Yaoundé se multiplient isolant Washington qui a clairement montré son animosité vis-à-vis des autorités camerounaises et affiché sa proximité avec les sécessionnistes.  

Pierre NGOM

Depuis quelques jours, Paris affiche sa proximité avec Yaoundé. Il y a d’abord eu la visite du secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.  Jean-Baptiste Lemoyne, a effectué un déplacement au Cameroun du 28 au 29 juin dernier, où il a rencontré les autorités locales ainsi que les organismes et la communauté française. Quelques jours après, l’Elysée rendait publique, un appel téléphonique, qui aurait pu rester secret, entre Emmanuel Macron et Paul Biya qui a eu lieu le 30 juin, c’est-à-dire au lendemain de la visite Jean-Baptiste Lemoyne au Cameroun. Entre les présidents français et camerounais, il se dégage alors une convergence de vue sur tous les sujets abordés : lutte contre le terrorisme, problèmes migratoires, lutte contre la corruption, avenir de la francophonie… Le clou, c’est cette sortie d’Emmanuel Macron. « Nous savons les tensions qu’il y a dans la région anglophone. Et là aussi, j’ai apporté tout mon soutien au gouvernement pour qu’il puisse aller vers la stabilité », indique le locataire de l’Elysée en visite au Nigeria en ce début du mois de juillet. Pour le président français, seule la stabilité de la région, aujourd’hui mise à mal par les sécessionnistes, compte.

Cette prise de position française tranche avec les invectives américaines. Ces derniers mois, les Etats-Unis ont en effet manifesté leur animosité vis-à-vis des autorités camerounaises et affiché leur proximité avec les séparatistes. Tous les Camerounais ont, par exemple, encore en mémoire la malheureuse sortie de l’ambassadeur américain du 18 mai dernier. Au lendemain d’une audience que lui avait accordé le président de la République, défiant tout code diplomatique, Peter Henry Barlerin avait non seulement accusé l’armée camerounaise d’exactions mais également demandé au président Paul Biya de ne pas se présenter à la prochaine élection présidentielle.

Ce contrepied de la France intervient au moment où, le Royaume-Uni, principale allié des Etats-Unis dans sa dérive impérialiste, se fait de plus en plus discret. Après avoir obtenu une concession gazière au large de Limbe dans le Sud-ouest, Londres semble avoir mis de l’eau dans son vin. Comme quoi les Etats n’ont pas d’amis, seulement des intérêts. C’est d’ailleurs parce que les Américains estiment que leurs intérêts sont lésés qu’ils font feu de tout bois en ce moment. L’ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun ne le cache d’ailleurs pas. «J’ai dit à monsieur le Président que nous nous attendons à ce que les sociétés américaines soient traitées d’un pied d’égalité avec les sociétés camerounaises et des autres pays tiers tels la Chine, la France…», dévoile Peter Henry Barlerin, invité de Kalak FM, une radio urbaine de Yaoundé, le 18 mai dernier.

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