Mouvement sécessionniste. « Blacklegs », fuir ou périr.

Les « blacklegs » ou « Jambes noires », sont les individus qui, en raison de leur proximité avec les institutions ou les idées républicaines, sont obligées de se cacher ou de s’enfuir au risque de périr sous la folie meurtrière des sécessionnistes.

Anaïs FOUMANE

Tout part d’une discussion avec un officier supérieur de l’armée, en poste au Sud-Ouest du Cameroun. À la question de savoir quel est le sentiment général qui anime les populations dans cette région en crise, l’officier qui a requis l’anonymat répond : « ces populations veulent la paix. Toutefois, elles hésitent à apporter le soutien aux forces armées car elles redoutent les représailles ». Depuis l’instauration  des « villes mortes » chaque lundi, poursuit-il, ces populations sont constamment sous la menace des sécessionnistes. L’information  gagne d’ailleurs en épaisseur à la lecture il y a quelques heures, du récit de voyage de Tanda Theophilus, publié par International Crisis Group. Entre autres détails révoltants de ce carnet de voyage, l’auteur mentionne le phénomène de « Blacklegs » en français, « jambes noires ». Une jambe noire selon l’explication que lui fournit une enseignante dans le Sud-Ouest, désespérée par le climat de terreur qui règne autour de son activité, est un civil républicain. Toute personne  qui continue de travailler par temps de villes mortes, les enseignants et élèves anglophones qui continuent à enseigner et à aller à l’école en dépit du boycott, sont des « blacklegs ». Selon l’enseignante, en 2017, le mot s’est même étendu à tout anglophone qui ne soutient pas la cause séparatiste, ou qui collabore avec le gouvernement. « Blacklegs », un mot discriminant qui a surgi avec les revendications en septembre 2016 et qui aujourd’hui  désigne des milliers de personnes prises en otage par   la violence sécessionniste.

Le récit de l’enseignante  révèle aussi le traumatisme de ses élèves qui aujourd’hui, essayent désespérément de se défaire des images d’horreur qui défilent dans leurs têtes. L’un de ces élèves a vu un proche se faire tuer alors qu’il tentait de fuir le village, soupçonné par les sécessionnistes de n’être pas favorable à leur cause. En effet, les blacklegs sont généralement obligés de vivre cachés, pour éviter que leur hostilité à la lutte sécessionniste ne soit perçue. Malheureusement, quand ils sont démasqués comme c’est le cas pour des centaines d’individus, ils sont obligés de fuir pour avoir la vie sauve. Aujourd’hui les chiffres officiels font état d’environ 160 000 personnes déplacées et réfugiées. Renonçant par contraintes à leurs activités, ces personnes choisissent l’exil pour celles qui ont les moyens de se permettre un ailleurs. Les personnes moins nanties vivent cachées, terrées dans leurs maisons comme ce lundi 30 juillet à Buéa. Les villes désertes, ne traduisent pas une désobéissance à l’ordre républicain, c’est surtout le signe que la peur règne en maître, et plutôt que de mourir décapité ou éventré, les populations vivent recluses. Plusieurs individus ont déjà payé par le sang, le prix de leur patriotisme ou de leur témérité, comme le révèle carnet de voyage  de Tanda Theophilus. Il souligne  à ce propos,  « ce n’est pas la première fois que j’entends des récits de séparatistes tuant des soi-disant « blacklegs ». Il y a deux ans, ce niveau de haine et de violence au Cameroun aurait paru inconcevable. Mais maintenant, les gens en parlent sans sourciller ». Il pourrait bien avoir génocide au Cameroun,  mais contrairement aux mensonges relayés par les sécessionnistes, passés maîtres dans l’art  de la manipulation, ce serait un génocide contre cette nouvelle communauté née de la « crise anglophone » : les Blacklegs.

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