Résolution de la crise anglophone. Le gouvernement rejette les préalables de la Conférence générale anglophone

Tout en saluant l’initiative des dignitaires religieux du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le gouvernement camerounais est en total désaccord avec les conditions posées par ses promoteurs.

Olivier BOKALE

On en sait désormais un peu plus sur la position gouvernementale au sujet de la Conférence générale anglophone (CGA). Vendredi dernier, le gouvernement a réagi à cette initiative des dignitaires religieux du Nord-Ouest et du Sud-Ouest réunis par le cardinal Christian Tumi. Pour le ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary, « toute initiative, d’où qu’elle vienne, est la bienvenue, pourvu qu’elle contribue à consolider la paix, à restaurer la paix sur l’ensemble du territoire, là où cette dernière serait menacée (…) », a-t-il déclaré au journal télévisé de la CRTV. Seulement, ce projet de dialogue, porté par les leaders religieux anglophones, pèche à plusieurs égards. « On ne peut pas se permettre de placer au même niveau l’armée républicaine dont la mission régalienne est la protection des frontières de notre nation, de l’ordre républicain, des hommes et de leurs biens (…), et qui aujourd’hui se bat et se déploie pour la protection de l’intégrité territoriale de notre nation, au même niveau que des bandes armées. Des terroristes qui tuent, qui égorgent, qui brûlent des écoles, qui commettent un crime imprescriptible : celui qui consiste à empêcher aux jeunes Camerounais, aux futurs dirigeants de notre nation d’acquérir des savoirs indispensables pour la gouvernance », s’offusque le Mincom.

Le porte-parole du gouvernement déconstruit également l’argumentaire du prélat au sujet de la relaxe des séparatistes arrêtés et incarcérés. « On ne peut pas demander à un Etat de droit comme le nôtre de libérer ceux qui ont tué, massacré et qui se trouvent aujourd’hui arrêtés et qui, quoi qu’il arrive, seront traduits devant les tribunaux pour répondre de leur forfait », s’indigne Issa Tchiroma.

Risques 

Au sein de l’opinion, l’initiative du Cardinal Christian Tumi et des autres leaders religieux passe au crible de la critique. Pour une frange des observateurs, cette initiative pose au moins un problème de susceptibilité. En effet, telle qu’elle est formulée, la CGA tente d’encadrer l’agenda présidentiel. Car, selon le Cardinal Tumi, cette conférence est le préalable à la tenue d’un dialogue national. « Mais qui vous dit que l’autorité qu’est le Président de la République, a déjà décidé d’envisager ce dialogue national et choisi une forme qui corresponde à ce projet de conférence ? », questionne le politologue Mathias Eric Owona Nguini. Pour ce dernier, cette conférence pourrait même avoir des effets contraires aux attentes. Notamment en durcissant les positions. Dans les rangs des acteurs pro-sécessionnistes, des voix qui s’élèvent déjà pour s’opposer à la CGA discréditent le Cardinal Tumi. À cela s’ajoutent les problèmes identitaires à l’intérieur des régions anglophones qui sont en train de se cristalliser. Certains leaders anglophones ressortissants du Fako et de Buéa estiment que si une telle conférence devait même avoir lieu, elle ne devrait pas se tenir à Buea. Car, de leur point de vue, « la crise est instrumentalisée par des acteurs ressortissants du Nord-Ouest au détriment de ceux du Sud-Ouest », rapporte l’universitaire.

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