Conférence générale anglophone. Le Cardinal Tumi accablé de toutes parts

Dénoncé par le gouvernement, acculé par le peuple Bakweri, contesté au sein du groupe sécessionniste, l’intermédiation du prélat pour la résolution de la crise anglophone ne fait pas l’unanimité au sein de l’opinion.

Olivier BOKALE

Christian Tumi est sur d’ardentes braises. Du moins, l’archevêque émérite de l’archidiocèse de Douala est dans une posture inconfortable. Depuis qu’il a eu l’idée d’organiser la « conférence générale anglophone (CGA) » les 29 et 30 août 2018, le Cardinal camerounais fait l’objet de critiques acerbes au sujet de cette initiative portée par un groupe de dignitaires religieux issus des régions anglophones du Cameroun. Dans cette levée de bouclier contre le Cardinal Christian Tumi, le plus surprenant est de constater que c’est désormais au sein de la communauté anglophone -dont il prétend défendre les intérêts-, que les dénonciations les plus âpres sont formulées pour fustiger l’organisation de cette conférence.

Si l’on se réfère à un sujet diffusé à ce propos le 30 juillet 2018 au journal de 20 heures sur la chaîne de télévision privé Équinoxe TV, les sécessionnistes considèrent le Cardinal Christian Tumi comme « un [es]pion du régime de Yaoundé ». Dans tous les cas, l’invite à « tous les belligérants » à déposer les armes est mal perçue par l’opinion. Dans la liste des leaders d’opinion qui désapprouve le projet du Cardinal se trouve désormais le Pr Mouangue Kobila. L’agrégé de droit public et vice-président de la Commission nationale des droits de l’Homme et des libertés, rappelle que les sécessionnistes ont été les premiers à prendre les armes contre l’Etat, en attaquant des commissariats et des brigades de gendarmerie, et en brûlant les édifices publics et d’innombrables biens privés. Pour lui donc, « Si le Cardinal Tumi et ses partenaires veulent construire la paix, qu’ils commencent par demander aux sécessionnistes de déposer les armes ».

Une position proche de celle adoptée par le gouvernement. « La forme actuelle de l’Etat ne peut pas être remise en cause », soutenait encore le ministre de la Communication (Mincom), Issa Tchiroma Bakary. Pour ce dernier les préalables exigés par le Cardinal en vue de la tenue du CGA sont hors-sujet. Surtout que « le Président de la République a déjà fait beaucoup de concessions en libérant 55 personnes inculpées de violences ou de destruction de biens dans les régions anglophones, le 30 août 2017 », explique le Mincom. Au final, Christian Tumi paie le prix de ses positions ambiguës initiales sur la crise anglophone, depuis que celle-ci s’est déclenchée en octobre 2016, sur fond de revendications socioprofessionnelles des avocats et des enseignants. Au cours de cette crise devenue politique et militaire, il est même arrivé que l’archevêque émérite entre en collusion avec la CENC, présidée par son fils spirituel, Mgr Samuel Kleda, qui proposait sa médiation dans sa résolution.

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