Stratégie. Facebook au Cameroun pour redorer son blason

La visite de travail d’une délégation du réseau social dans le pays se situe en droite ligne d’une démarche globale engagée par la firme américaine pour rabibocher son image ternie par des scandales.

Pierre NGOM

Une délégation de l’entreprise américaine Facebook séjourne au Cameroun depuis le 06 août pour une série de formations. Hier, elle a notamment participé à un atelier sur le fact-checking (vérification des faits) sur Facebook. Cet atelier s’est déroulé à l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic). La délégation composée notamment de Lukas Holzer, Facebook Content Policy et Aida Ndiaye, Facebook Public Policy Lead Francophone, a également eu une séance de travail en mi-journée au ministère de la Communication. Y ont pris part côté Cameroun, outre le ministre de la Communication (Mincom) et ses collaborateurs, les responsables de la communication des ministères de la Défense, de la Justice, de l’Administration territoriale et de la délégation générale à la sûreté nationale.

Au cours de cette réunion, rapporte Cameroon Tribune, «les représentants de Facebook ont proposé d’accompagner le gouvernement camerounais dans l’identification et la suppression des «fake news» au cours de la période électorale». Une main tendue acceptée par le gouvernement dont l’objectif est d’éviter que Facebook soit une source de déstabilisation du pays après l’élection. Il serait d’ailleurs incompréhensible pour les Camerounais de voir les autorités laisser passer cette opportunité dans un contexte où la crise dans les régions anglophones du pays donne lieu à des manipulations grotesques visant à ternir l’image des institutions comme l’armée.

A la fin de la séance de travail au Mincom, les responsables de Facebook n’ont pas souhaité s’exprimer. Mais, il est aisé de voir que cette proposition s’inscrit en droite ligne de la démarche globale engagée par la société américaine pour redorer son blason terni notamment par son palmarès peu glorieux de premier diffuseur de fausses informations. Depuis la fin de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, qui a vu l’arrivée de Donal Trump à la Maison Blanche, le réseau social est en effet en pleine crise morale. La firme est accusée de saper les fondements de la démocratie avec la diffusion des fake news. Ce qui a d’ailleurs valu à Mark Zuckerberg, son président directeur général et co-fondateur, d’être auditionné en avril dernier par le Congrès américain dans le cadre de l’affaire Cambridge Analytica, un scandale de manipulation de masse.

Pour tenter de rattraper les choses, le plus grand réseau social au monde déborde d’initiatives. Il a par exemple annoncé le 18 juillet dernier vouloir supprimer de sa plateforme les fausses informations susceptibles de créer des violences de façon imminente. Ce que Facebook affirme avoir commencé à faire en Birmanie. Là-bas, le groupe américain dit s’appuyer sur des organisations locales ou des agences spécialisées pour déterminer si des publications sont susceptibles d’entraîner des violences justifiant leur retrait. Au Cameroun, la collaboration avec le gouvernement, capable de faire la distinction entre le bon grain et l’ivraie, est donc nécessaire.

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