Régulation du secteur bancaire. Des nouveaux outils pour contraindre les créanciers indélicats

Après le lancement de la Centrale des risques des établissements de microfinance, le Cameroun prépare une loi pour réprimer les cas de non-remboursement de crédit qui fragilisent l’activité des banques et des EMF.

Olivier BOKALE

Resserrer l’étau autour des débiteurs insolvables. Tel est l’objectif recherché par le gouvernement à travers le projet de loi portant répression du non remboursement de crédit. Le texte en gestation au ministère des Finances (Minfi) était au centre des échanges entre lors du dernier Conseil national du Crédit. Il s’agit de fait d’un dispositif supplémentaire dans la croisade lancée par l’autorité tutélaire du secteur bancaire contre les créanciers indélicats qui détériorent le portefeuille crédit des établissements financiers actifs en terre camerounaise.

Et le moins qu’on puisse dire est que cette initiative tombe à point nommé pour le secteur bancaire camerounais qui croule sous le poids des créances douteuses. L’année 2016 en est un exemple concret de cette dégradation de la qualité apparente du portefeuille de créances des banques. Les pointages de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), révèle particulièrement la fragilité des établissements de microfinance (EMF). En effet le taux de créances en souffrance dans les EMF au sein de la zone Cemac s’est accru de 14,0 % en 2015 à 17,0 % en 2016. Au 31 décembre 2016, les créances en souffrance dans les EMF en Afrique centrale se chiffraient à 71,7 milliards de FCFA, représentant environ 13,4 % des crédits bruts. A lui seul, le Cameroun concentre 79 % de ces crédits en souffrance. En d’autres termes, ces sont les EMF camerounais qui souffrent davantage de ce phénomène. Pis, en 2017 la situation des microfinances du Cameroun s’est encore dégradée pour atteindre le volume de 106,40 milliards de FCFA de créance douteuses. Soit près de 23% de leur portefeuille de crédits.

Au vu de la gravité de ces chiffres, il était opportun de prendre des mesures fortes, susceptibles de sauver le marché du crédit. Ce d’autant plus que les victimes de ce « cancer » se compte par dizaine. Certains opérateurs à l’instar de Comeci, Cofinest, Fiffa… ont dû mettre la clé sous le paillasson à cause de l’accumulation des crédits non remboursés. Toutefois il convient de souligner que cette loi viendra s’ajouter un arsenal de dispositions et de mesures adoptées par le gouvernement pour limiter les effets de ces créances douteuses. La dernière mesure en date étant la création la Centrale des risques des établissements de microfinance (CREMF). De manière générale, l’institution lancée ce 21 juin dernier par Minfi vise à améliorer la qualité des informations financières sur les emprunteurs en vue de permettre aux microfinances de mieux apprécier le niveau d’engagement des demandeurs de crédits envers le système financier. C’est en tout cas ce qu’explique Jean-Marie Benoît Mani, Directeur de la BEAC nationale et Secrétaire général du Conseil national du crédit.

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